PRESIDENTIELLE EN COTE D’IVOIRE : Soro compte sur un soulèvement populaire

29 septembre 202011min95

La tension va crescendo, en Côte d’ivoire. Les leaders politiques se sont lancés dans une guerre médiatique qui pourrait donner lieu à des manifestations. Officiellement, une quinzaine de personnes sont mortes lors des manifs d’août.

 

A environ un mois de la Présidentielle, l’opposition ivoirienne avance en rangs serrés pour faire barrage au troisième mandat d’ADO. L’initiateur de cette union des forces n’est autre que Guillaume Soro, ancien Président de l’Assemblée nationale.

En exil depuis le 23 décembre 2019, l’homme cristallise les attentions, depuis quelques mois déjà. Il s’est montré plus offensif, depuis le rejet de sa candidature, le 14 septembre 2020. A l’en croire, le schéma de lutte de l’opposition est clair et s’articule autour de la désobéissance civile. Un mode validé la semaine dernière par les candidats Bédié et N’Guessan.

Dans l’émission « Objection » de Sud Fm, Guillaume Soro précise: « La désobéissance civile peut se traduire par un mot d’ordre de ville morte, de marche, de manifestation ou de sabotage. Nous avons d’abord défini le cadre des manifestations que nous allons engager sur le terrain. L’opposition est en train de s’organiser pour déterminer avec exactitude l’action et le mot d’ordre précis que nous allons lancer. » Il est convaincu que le peuple de Côte d’Ivoire se mobilisera « comme un seul homme » pour dire non au troisième mandat.

Toutefois, les opposants ne s’accordent pas sur le boycott ou non du scrutin. Pendant que Pascal Affi N’Guessan, candidat du Front populaire ivoirien (FPI), a annoncé qu’il n’irait pas aux urnes, si les conditions ne sont pas « justes et transparentes », Henri Konan Bédié n’aborde pas la question. Lui se limite à la désobéissance civile. Pourtant, selon Soro, « toute l’opposition est unanime pour ne pas aller à ces élections. Monsieur Ouattara ira tout seul à ces élections ».

Echec de plusieurs médiations

Depuis le début des manifestations (6 août 2020), aucune médiation n’a pu rétablir le calme. La dernière tentative a tout bonnement échoué. ADO a refusé de recevoir une délégation composée de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de l’Union africaine et de l’Union européenne. Seul Mohamed Ibn Chambas, représentant spécial du secrétaire général de l’Onu, a pu rencontrer le président. « On n’attend pas grand-chose de la CEDEAO, parce qu’elle est plombée. Monsieur Ouattara affirme à Abidjan qu’il est l’ami de tous les chefs d’Etat de la sous-région et qu’ils ont un syndicat de chefs d’Etat solidaires entre eux. Donc, il ne voit pas lequel viendra contester sa posture. De toute façon, c’est une CEDEAO des chefs d’Etat et non une CEDEAO des peuples. Ce qui est dommage », a déclaré G. Soro au cours de l’entretien.

Il estime que les Ivoiriens ne doivent rien attendre de la communauté internationale, mais se libérer eux-mêmes. Il se trouve également que les décisions de justice de la Cour africaine des Droits de l’homme et des peuples ont été ignorées par Abidjan. Elle a demandé la réintégration dans le processus électoral de Guillaume Soro et de Laurent Gbagbo.

Mais, selon le résident Alassane Ouattara, « cette décision est nulle et de nul effet. Nous ne l’appliquerons pas et n’avons pas l’intention de l’appliquer ».

Dans ce contexte de tensions et d’incertitudes, le président de Génération et peuples solidaires (GPS) est catégorique: « Il n’y aura pas d’élection en Côte d’ivoire le 31 octobre, parce que le peuple va se soulever et s’opposer à cette élection. Il faut que M. Ouattara se retire et nous n’allons pas négocier. Donc, il n’y a rien d’autre à espérer. Il n’y aura pas d’élection en Côte d’Ivoire. Nous n’accepterons pas cette élection, tant que nos revendications préalables ne sont pas réglées. On ne parlera pas cette année de crise de post-électorale, mais plutôt de crise préélectorale ».

En termes de conditions, l’opposition réclame la dissolution du Conseil constitutionnel et de la Commission électorale indépendante, la reprise totale du processus électoral, la libération de tous les prisonniers politiques, ainsi que le retour de tous les exilés politiques.

« J’ai évité de contacter le président Macky Sall »

A la question de savoir ce qu’il en est de l’implication du président Macky Sall dans cette lutte contre le troisième mandat, Soro n’y est pas allé par quatre chemins. « Pour être franc, j’ai évité de contacter le président Macky Sall, depuis plus d’un an. Je ne voulais pas le gêner, car je connais le président Ouattara qui est une personne inélégante et abrupte. La preuve, il a ordonné à Alpha Condé de ne pas me recevoir en Guinée. Donc, je n’ai pas voulu mettre le président Macky Sall dans une posture inconfortable et embarrassante pour lui. Je me battrai avec le peuple de Côte d’Ivoire pour devenir président de mon pays ».

Dans la même veine, il demande aux Sénégalais de continuer à prier pour la Côte d’Ivoire et de se tenir debout aux côtés du peuple ivoirien. « Ouattara est en train de détruire la Côte d’Ivoire et va l’amener à une guerre intercommunautaire. La question du troisième mandat n’est pas un problème uniquement ivoirien, c’est un problème qui se pose en Afrique. Et on doit se battre pour y mettre fin définitivement. Le peuple sénégalais, le peuple burkinabé, le peuple malien, le peuple guinéen doivent soutenir les Ivoiriens dans leur lutte contre les présidences à vie. On ne peut pas accepter que des chefs d’Etat qui prennent nos peuples pour des abrutis, contournent nos constitutions, les tripatouille pour rester indéfiniment au pouvoir. Ce n’est pas possible. Il faut qu’on nous respecte », a-t-il martelé.

La polémique constitutionnelle

La Constitution ivoirienne, aujourd’hui source de conflits, limite à deux le nombre de mandats présidentiels (article 55, nouvelle Constitution votée en 2016). L’article 183, sujet à multiples interprétations, stipule: « La législation actuellement en vigueur en Côte d’Ivoire reste applicable, sauf intervention de textes nouveaux, en ce qu’elle n’a rien de contraire à la présente Constitution. »

L’idée donc d’un troisième mandat est anticonstitutionnelle, de l’analyse de plusieurs constitutionnalistes. Ils affirment qu’il y a une continuité législative, donc pas de suspension. En d’autres termes, les dispositions constitutionnelles antérieures qui ne sont pas contraires aux nouvelles, ne sont pas abrogées.

Cependant, pour la majorité présidentielle, les compteurs sont remis à zéro. Pour cause, la Constitution de 2000 a été abrogée par celle de 2016 et ouvre l’ère de la troisième République. Sur les ondes de Sud FM, l’ancien allié du président Ouattara affirme que ce dernier a « fait preuve de tromperie ». « Quand nous votions la Constitution ivoirienne, la main sur le coeur, M. Ouattara a juré que jamais il ne briguerait un troisième mandat. Malheureusement, il nous a trompés et personne n’est immunisé contre une tromperie. Le vrai problème du troisième mandat, c’est que certaines personnes, une fois au pouvoir, se prennent pour des hommes providentiels et ils estiment que sans eux rien n’est possible dans nos pays. Ils veulent réduire les peuples à l’état de citoyens écrasés, manipulés ».

Selon Guillaume Soro, pour en finir avec les troisièmes mandats en Afrique francophone, il va falloir se débarrasser des reliques de la monarchie issues des différentes constitutions françaises. Le leader de GPS déclare: « Nos ambitions économiques sont en déphasage avec le système politique qui est en place. Notre génération doit s’imposer, avec comme combat: la limitation des mandats. » Seules des institutions fortes, selon lui, peuvent permettre l’indépendance et la consolidation des pouvoirs. Ce qui n’est réalisable que dans un régime parlementaire et non dans un régime présidentiel.

EMMANUELLA MARAME FAYE

https://news.sen360.sn/politique/presidentielle-en-cote-d-039-ivoire-soro-compte-sur-un-soulevement-populaire-1574381.html

La tension va crescendo, en Côte d’ivoire. Les leaders politiques se sont lancés dans une guerre médiatique qui pourrait donner lieu à des manifestations. Officiellement, une quinzaine de personnes sont mortes lors des manifs d’août.

 

A environ un mois de la Présidentielle, l’opposition ivoirienne avance en rangs serrés pour faire barrage au troisième mandat d’ADO. L’initiateur de cette union des forces n’est autre que Guillaume Soro, ancien Président de l’Assemblée nationale.

En exil depuis le 23 décembre 2019, l’homme cristallise les attentions, depuis quelques mois déjà. Il s’est montré plus offensif, depuis le rejet de sa candidature, le 14 septembre 2020. A l’en croire, le schéma de lutte de l’opposition est clair et s’articule autour de la désobéissance civile. Un mode validé la semaine dernière par les candidats Bédié et N’Guessan.

Dans l’émission « Objection » de Sud Fm, Guillaume Soro précise: « La désobéissance civile peut se traduire par un mot d’ordre de ville morte, de marche, de manifestation ou de sabotage. Nous avons d’abord défini le cadre des manifestations que nous allons engager sur le terrain. L’opposition est en train de s’organiser pour déterminer avec exactitude l’action et le mot d’ordre précis que nous allons lancer. » Il est convaincu que le peuple de Côte d’Ivoire se mobilisera « comme un seul homme » pour dire non au troisième mandat.

Toutefois, les opposants ne s’accordent pas sur le boycott ou non du scrutin. Pendant que Pascal Affi N’Guessan, candidat du Front populaire ivoirien (FPI), a annoncé qu’il n’irait pas aux urnes, si les conditions ne sont pas « justes et transparentes », Henri Konan Bédié n’aborde pas la question. Lui se limite à la désobéissance civile. Pourtant, selon Soro, « toute l’opposition est unanime pour ne pas aller à ces élections. Monsieur Ouattara ira tout seul à ces élections ».

Echec de plusieurs médiations

Depuis le début des manifestations (6 août 2020), aucune médiation n’a pu rétablir le calme. La dernière tentative a tout bonnement échoué. ADO a refusé de recevoir une délégation composée de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de l’Union africaine et de l’Union européenne. Seul Mohamed Ibn Chambas, représentant spécial du secrétaire général de l’Onu, a pu rencontrer le président. « On n’attend pas grand-chose de la CEDEAO, parce qu’elle est plombée. Monsieur Ouattara affirme à Abidjan qu’il est l’ami de tous les chefs d’Etat de la sous-région et qu’ils ont un syndicat de chefs d’Etat solidaires entre eux. Donc, il ne voit pas lequel viendra contester sa posture. De toute façon, c’est une CEDEAO des chefs d’Etat et non une CEDEAO des peuples. Ce qui est dommage », a déclaré G. Soro au cours de l’entretien.

Il estime que les Ivoiriens ne doivent rien attendre de la communauté internationale, mais se libérer eux-mêmes. Il se trouve également que les décisions de justice de la Cour africaine des Droits de l’homme et des peuples ont été ignorées par Abidjan. Elle a demandé la réintégration dans le processus électoral de Guillaume Soro et de Laurent Gbagbo.

Mais, selon le résident Alassane Ouattara, « cette décision est nulle et de nul effet. Nous ne l’appliquerons pas et n’avons pas l’intention de l’appliquer ».

Dans ce contexte de tensions et d’incertitudes, le président de Génération et peuples solidaires (GPS) est catégorique: « Il n’y aura pas d’élection en Côte d’ivoire le 31 octobre, parce que le peuple va se soulever et s’opposer à cette élection. Il faut que M. Ouattara se retire et nous n’allons pas négocier. Donc, il n’y a rien d’autre à espérer. Il n’y aura pas d’élection en Côte d’Ivoire. Nous n’accepterons pas cette élection, tant que nos revendications préalables ne sont pas réglées. On ne parlera pas cette année de crise de post-électorale, mais plutôt de crise préélectorale ».

En termes de conditions, l’opposition réclame la dissolution du Conseil constitutionnel et de la Commission électorale indépendante, la reprise totale du processus électoral, la libération de tous les prisonniers politiques, ainsi que le retour de tous les exilés politiques.

« J’ai évité de contacter le président Macky Sall »

A la question de savoir ce qu’il en est de l’implication du président Macky Sall dans cette lutte contre le troisième mandat, Soro n’y est pas allé par quatre chemins. « Pour être franc, j’ai évité de contacter le président Macky Sall, depuis plus d’un an. Je ne voulais pas le gêner, car je connais le président Ouattara qui est une personne inélégante et abrupte. La preuve, il a ordonné à Alpha Condé de ne pas me recevoir en Guinée. Donc, je n’ai pas voulu mettre le président Macky Sall dans une posture inconfortable et embarrassante pour lui. Je me battrai avec le peuple de Côte d’Ivoire pour devenir président de mon pays ».

Dans la même veine, il demande aux Sénégalais de continuer à prier pour la Côte d’Ivoire et de se tenir debout aux côtés du peuple ivoirien. « Ouattara est en train de détruire la Côte d’Ivoire et va l’amener à une guerre intercommunautaire. La question du troisième mandat n’est pas un problème uniquement ivoirien, c’est un problème qui se pose en Afrique. Et on doit se battre pour y mettre fin définitivement. Le peuple sénégalais, le peuple burkinabé, le peuple malien, le peuple guinéen doivent soutenir les Ivoiriens dans leur lutte contre les présidences à vie. On ne peut pas accepter que des chefs d’Etat qui prennent nos peuples pour des abrutis, contournent nos constitutions, les tripatouille pour rester indéfiniment au pouvoir. Ce n’est pas possible. Il faut qu’on nous respecte », a-t-il martelé.

La polémique constitutionnelle

La Constitution ivoirienne, aujourd’hui source de conflits, limite à deux le nombre de mandats présidentiels (article 55, nouvelle Constitution votée en 2016). L’article 183, sujet à multiples interprétations, stipule: « La législation actuellement en vigueur en Côte d’Ivoire reste applicable, sauf intervention de textes nouveaux, en ce qu’elle n’a rien de contraire à la présente Constitution. »

L’idée donc d’un troisième mandat est anticonstitutionnelle, de l’analyse de plusieurs constitutionnalistes. Ils affirment qu’il y a une continuité législative, donc pas de suspension. En d’autres termes, les dispositions constitutionnelles antérieures qui ne sont pas contraires aux nouvelles, ne sont pas abrogées.

Cependant, pour la majorité présidentielle, les compteurs sont remis à zéro. Pour cause, la Constitution de 2000 a été abrogée par celle de 2016 et ouvre l’ère de la troisième République. Sur les ondes de Sud FM, l’ancien allié du président Ouattara affirme que ce dernier a « fait preuve de tromperie ». « Quand nous votions la Constitution ivoirienne, la main sur le coeur, M. Ouattara a juré que jamais il ne briguerait un troisième mandat. Malheureusement, il nous a trompés et personne n’est immunisé contre une tromperie. Le vrai problème du troisième mandat, c’est que certaines personnes, une fois au pouvoir, se prennent pour des hommes providentiels et ils estiment que sans eux rien n’est possible dans nos pays. Ils veulent réduire les peuples à l’état de citoyens écrasés, manipulés ».

Selon Guillaume Soro, pour en finir avec les troisièmes mandats en Afrique francophone, il va falloir se débarrasser des reliques de la monarchie issues des différentes constitutions françaises. Le leader de GPS déclare: « Nos ambitions économiques sont en déphasage avec le système politique qui est en place. Notre génération doit s’imposer, avec comme combat: la limitation des mandats. » Seules des institutions fortes, selon lui, peuvent permettre l’indépendance et la consolidation des pouvoirs. Ce qui n’est réalisable que dans un régime parlementaire et non dans un régime présidentiel.

EMMANUELLA MARAME FAYE

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