Contrôle des marchandises à destination de la CI Du nouveau dans l’affaire « riz avarié au port d’Abidjan »

Contrôle des marchandises à destination de la CI Du nouveau dans l’affaire « riz avarié au port d’Abidjan »

22 mars 20198min437
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L’affaire du riz dit impropre à la consommation, refoulé au port de Lomé et qui s’est retrouvé en fin de compte sur le territoire ivoirien (présentement stocké dans des entrepôts en zone portuaire, encore sous douane) continue de livrer des secrets. De sources bien introduite, cette cargaison ne serait pas destinée à la Côte d’Ivoire, mais plutôt au Burkina Faso. La Ligue des consommateurs du Togo (Lct) confirme cette information dans un communiqué daté du 13 mars 2019 et signé de son président, Emmanuel Sogadji. «(…) au Burkina Faso, pays de destination de la cargaison, les autorités burkinabés ont procédé à l’analyse d’un échantillon de ce riz prélevé au Togo et l’ont déclaré impropre à la consommation», apprend-on. Le Burkina ayant marqué son refus d’accueillir sur son sol cette cargaison, les autorités togolaises l’ont aussi refoulé, évitant ainsi que ce riz soit débarqué au port de Lomé.

Alors, par quelle alchimie le navire Mv. Oceanprincess s’est-il retrouvé dans les eaux ivoiriennes, jusqu’à décharger son contenu au port d’Abidjan ? Un autre opérateur économique [en Côte d’Ivoire] aurait-il racheté la cargaison à laquelle le Burkina Faso a renoncé ? C’est à croire que oui, parce qu’à aucun moment, les autorités ivoiriennes qui ont effectué la visite, mardi 19 mars 2019, de l’un des entrepôts où est stocké le riz, n’ont fait la précision selon laquelle ces 18 104 tonnes de riz n’étaient pas destinées au marché ivoirien. En clair, ce riz au port d’Abidjan n’était pas en transit pour le compte du Burkina Faso, mais bien une commande pour la Côte d’Ivoire. C’est d’ailleurs pour cela que ce sont les services de contrôle du pays qui sont à pied d’œuvre pour « attester de la qualité ». Car déjà, alors même que les résultats des analyses (résultats prévus pour ce jeudi 21 mars) ne sont pas encore disponibles, des sources proches du ministère en charge du Commerce laissent entendre que la cargaison de riz, objet de polémique, est de bonne qualité. Et que l’information selon laquelle ce riz serait avarié, relève d’une campagne mensongère orchestrée par un concurrent au destinataire de la cargaison.

Curieux. Autre fait qui suscite de la curiosité de plus d’un, c’est que l’affaire ne remonte pas au 11 janvier 2019, date à laquelle, selon le directeur général du commerce extérieur Kaladji Fadiga, le navire est arrivé au port d’Abidjan. Depuis le 18 novembre 2018, en effet, le bruit courait déjà en Guinée, pays frontalier à la Côte d’Ivoire. Cela, au point où le ministre guinéen du Commerce, Boubacar Barry, a adressé une note au président-directeur général de Huilerie de Guinée avec en objet : « Dispositions relatives à votre commande de riz (navire MV. Oceanprincess) ». Il est notifié dans cette note que l’inspection effectuée par ses services « a certifié la bonne qualité du riz indien et décelé des anomalies liées aux poids et à la qualité pour le riz birman » sur la contenance du navire, à savoir 14 000 tonnes de riz indien et 22 000 tonnes de riz birman (Myanmar).

Est-il besoin de rappeler que c’est après la Guinée-Conakry que le navire s’est retrouvé dans les eaux togolaises ? Apparemment, tout ce ballet n’a pas suscité d’inquiétude du côté des autorités ivoiriennes qui ont accepté volontiers que Oceanprincess vienne débarquer son contenu à Abidjan.

Logique. Dans un échange téléphonique qu’il nous a accordé hier, mercredi 20 mars 2019, Doukoua Godé, président de la Fédération nationale des associations de consommateurs de Côte d’Ivoire (Fac-Ci), auteur de l’alerte qui a permis d’informer la population sur la présence en terre ivoirienne d’un riz de qualité douteuse (en attendant les résultats d’analyses), a partagé son point de vue sur le traitement de cette problématique. « On sait qu’il y a un bateau qui contient une cargaison de riz que certains pays de la sous-région ont refusé dans leurs ports. La Côte d’Ivoire l’a accepté. A partir de ce moment, il nous revient de dire aux populations pourquoi on l’a accepté. On devrait pouvoir leur dire par exemple qu’après analyse de tel laboratoire accrédité, certifié et reconnu comme tel au plan régional et international, on a estimé que le riz était de bonne qualité. Et là, on assume les conséquences. Mais alors pourquoi on ne procède pas ainsi et dès que le navire arrive, on débarque la cargaison et c’est quand on donne l’alerte qu’on nous informe que les analyses sont en cours », a fait remarquer Doukoua Godé. Il n’est pas contre le fait que la Côte d’Ivoire décide de faire une contre-analyse, avec ses experts et au regard des normes en vigueur dans le pays, là où d’autres pays ont estimé que le produit était impropre à la consommation. Toutefois, il fait remarquer que les autorités en charge de la question auraient dû communiquer, étant entendu qu’il leur revient, à elles, de donner la preuve de la bonne ou mauvaise qualité du produit. « Mon point de vue serait qu’on ne décharge pas le navire. On le laisse en quai, on fait des prélèvements aux fins d’analyses. Si on a la confirmation que le riz est de bonne qualité, on débarque, parce qu’on en a la preuve scientifique », a proposé le président de la Fac-Ci. Autrement dit, la logique, selon M. Doukoua, aurait voulu que l’analyse soit faite avant le débarquement de la cargaison. « Il suffisait de dire : puisqu’on a un doute sur la qualité du produit que vous nous proposez, on va d’abord faire le prélèvement avec nos experts pour l’emmener en laboratoire aux fins d’analyses. Mais pendant ce temps, on communique pour que le doute ne s’installe pas dans les esprits », a-t-il souhaité.

 

Elysée LATH

L’affaire du riz dit impropre à la consommation, refoulé au port de Lomé et qui s’est retrouvé en fin de compte sur le territoire ivoirien (présentement stocké dans des entrepôts en zone portuaire, encore sous douane) continue de livrer des secrets. De sources bien introduite, cette cargaison ne serait pas destinée à la Côte d’Ivoire, mais plutôt au Burkina Faso. La Ligue des consommateurs du Togo (Lct) confirme cette information dans un communiqué daté du 13 mars 2019 et signé de son président, Emmanuel Sogadji. «(…) au Burkina Faso, pays de destination de la cargaison, les autorités burkinabés ont procédé à l’analyse d’un échantillon de ce riz prélevé au Togo et l’ont déclaré impropre à la consommation», apprend-on. Le Burkina ayant marqué son refus d’accueillir sur son sol cette cargaison, les autorités togolaises l’ont aussi refoulé, évitant ainsi que ce riz soit débarqué au port de Lomé.

Alors, par quelle alchimie le navire Mv. Oceanprincess s’est-il retrouvé dans les eaux ivoiriennes, jusqu’à décharger son contenu au port d’Abidjan ? Un autre opérateur économique [en Côte d’Ivoire] aurait-il racheté la cargaison à laquelle le Burkina Faso a renoncé ? C’est à croire que oui, parce qu’à aucun moment, les autorités ivoiriennes qui ont effectué la visite, mardi 19 mars 2019, de l’un des entrepôts où est stocké le riz, n’ont fait la précision selon laquelle ces 18 104 tonnes de riz n’étaient pas destinées au marché ivoirien. En clair, ce riz au port d’Abidjan n’était pas en transit pour le compte du Burkina Faso, mais bien une commande pour la Côte d’Ivoire. C’est d’ailleurs pour cela que ce sont les services de contrôle du pays qui sont à pied d’œuvre pour « attester de la qualité ». Car déjà, alors même que les résultats des analyses (résultats prévus pour ce jeudi 21 mars) ne sont pas encore disponibles, des sources proches du ministère en charge du Commerce laissent entendre que la cargaison de riz, objet de polémique, est de bonne qualité. Et que l’information selon laquelle ce riz serait avarié, relève d’une campagne mensongère orchestrée par un concurrent au destinataire de la cargaison.

Curieux. Autre fait qui suscite de la curiosité de plus d’un, c’est que l’affaire ne remonte pas au 11 janvier 2019, date à laquelle, selon le directeur général du commerce extérieur Kaladji Fadiga, le navire est arrivé au port d’Abidjan. Depuis le 18 novembre 2018, en effet, le bruit courait déjà en Guinée, pays frontalier à la Côte d’Ivoire. Cela, au point où le ministre guinéen du Commerce, Boubacar Barry, a adressé une note au président-directeur général de Huilerie de Guinée avec en objet : « Dispositions relatives à votre commande de riz (navire MV. Oceanprincess) ». Il est notifié dans cette note que l’inspection effectuée par ses services « a certifié la bonne qualité du riz indien et décelé des anomalies liées aux poids et à la qualité pour le riz birman » sur la contenance du navire, à savoir 14 000 tonnes de riz indien et 22 000 tonnes de riz birman (Myanmar).

Est-il besoin de rappeler que c’est après la Guinée-Conakry que le navire s’est retrouvé dans les eaux togolaises ? Apparemment, tout ce ballet n’a pas suscité d’inquiétude du côté des autorités ivoiriennes qui ont accepté volontiers que Oceanprincess vienne débarquer son contenu à Abidjan.

Logique. Dans un échange téléphonique qu’il nous a accordé hier, mercredi 20 mars 2019, Doukoua Godé, président de la Fédération nationale des associations de consommateurs de Côte d’Ivoire (Fac-Ci), auteur de l’alerte qui a permis d’informer la population sur la présence en terre ivoirienne d’un riz de qualité douteuse (en attendant les résultats d’analyses), a partagé son point de vue sur le traitement de cette problématique. « On sait qu’il y a un bateau qui contient une cargaison de riz que certains pays de la sous-région ont refusé dans leurs ports. La Côte d’Ivoire l’a accepté. A partir de ce moment, il nous revient de dire aux populations pourquoi on l’a accepté. On devrait pouvoir leur dire par exemple qu’après analyse de tel laboratoire accrédité, certifié et reconnu comme tel au plan régional et international, on a estimé que le riz était de bonne qualité. Et là, on assume les conséquences. Mais alors pourquoi on ne procède pas ainsi et dès que le navire arrive, on débarque la cargaison et c’est quand on donne l’alerte qu’on nous informe que les analyses sont en cours », a fait remarquer Doukoua Godé. Il n’est pas contre le fait que la Côte d’Ivoire décide de faire une contre-analyse, avec ses experts et au regard des normes en vigueur dans le pays, là où d’autres pays ont estimé que le produit était impropre à la consommation. Toutefois, il fait remarquer que les autorités en charge de la question auraient dû communiquer, étant entendu qu’il leur revient, à elles, de donner la preuve de la bonne ou mauvaise qualité du produit. « Mon point de vue serait qu’on ne décharge pas le navire. On le laisse en quai, on fait des prélèvements aux fins d’analyses. Si on a la confirmation que le riz est de bonne qualité, on débarque, parce qu’on en a la preuve scientifique », a proposé le président de la Fac-Ci. Autrement dit, la logique, selon M. Doukoua, aurait voulu que l’analyse soit faite avant le débarquement de la cargaison. « Il suffisait de dire : puisqu’on a un doute sur la qualité du produit que vous nous proposez, on va d’abord faire le prélèvement avec nos experts pour l’emmener en laboratoire aux fins d’analyses. Mais pendant ce temps, on communique pour que le doute ne s’installe pas dans les esprits », a-t-il souhaité.

 

Elysée LATH